Le seuil de l’Amazonie

La voiture peine dans la lave poudreuse et l’oxygène raréfié. Les brouillards caracolent dans la bourrasque. Devant nous, les vigognes amoureuses n’en ont cure. Nous parquons le 4X4 dans un fatras de basalte. Nous respirons mal. Un air au teint glacé. L’altitude. Nous gravissons. Quelques douces gorgées de coca. Nous soufflons, nous souffrons. Enfin la pancarte « 5000 m ». 1236 m plus haut, le volcan met sa main de brume devant sa gueule sombre. Restons au chiffre rond: 5000 m, c’est déjà plus que le mont Blanc.

La ville de Baños nage dans sa résille de chutes et d’affluents qui trempent les chaussées et forent les tunnels. De là part la route des Cascades. Cape de la Fiancée, le Chaudron du Diable: les sobriquets s’y télescopent dans un univers de pavés éclaboussés. Descendons les chemins jalonnés de vendeurs de confiseries et d’impers. Des téléphériques, des ponts de câbles et de Nylon se pressent hardiment au cœur des poussières de gouttes. Un promontoire, et paraît un panorama de falaises rousses, qui rebroussent le vert hâve d’une forêt sans fin: le seuil de l’Amazonie.

De veaux volcans aux cônes neigeux font à présent escorte à l’ E-35;): Illiniza, Cotopaxi, Antisana. Des bus filent dans le soleil couchant, couleurs franches de film américain. Plongeons dans l’inextricable périph, Quito. Sur la gauche brille l’aile d’un ange de bronze, et dans l’axe, la rue hispanique suit le tracé d’une voie processionnelle, qui reliait les temples du Soleil et le Lune. Des églises les recouvrent, tels deux baillons. Triomphe provisoire de l’Espagne. Nous visitons couvents et cathédrale, plaqués d’or à la tonne puisé aux mines de l’Inca. L’ancien fossé précolombien est devenu une ruelle arquée: le Pigalle du siècle dernier, où plane encore le parfum lourd des chicas aux mœurs légères. Ici a été lancé El Chulla Quiteño ( littéralement « Un mec de Quito, en vrai »), tube absolu de l’Équateur depuis 1947, repris jusqu’en France par nos fanfares. Il chante l’homme de la capitale, élégant, caustique, un rien play-boy.

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